SYMPOSIUM
Cool and Comfort 100 – février 2024
Le marché européen de la pompe à chaleur en vitesse de croisière
Deux mille vingt-deux fut une année record en termes de ventes de pompes à chaleur en Europe, avec une augmentation de 39% par rapport à l’année précédente. Une estimation étayée nous apprend qu’aujourd’hui, environ 20 millions de PAC sont installées en Europe. Mais l’objectif n’est pas encore atteint. Loin s’en faut, si nous désirons nous affranchir complètement des combustibles fossiles. Le partage des connaissances, voilà la clé. La 8e édition de l’European Heat Pump Summit, qui s’est déroulée les 24 et 25 octobre 2023 au Messe Nürnberg, a démontré les besoins importants en la matière. L’événement a affiché complet avec 420 visiteurs sur place, auxquels se sont ajoutés 150 participants via le livestream. Le congrès était soutenu par un mini salon de 31 exposants.
« L’European Heat Pump Summit constitue l’un des événements les plus importants pour les experts européens et internationaux en PAC », explique Elke Harreiß, Exhibition Director European Heat Pump Summit du NürnbergMesse. « Nous sommes ravis de pouvoir à nouveau offrir à la communauté internationale de la PAC une plateforme pour relever ensemble les défis actuels et futurs qui résultent de sujets politiques et sociaux récurrents comme la transition énergétique, le Green Deal et la réglementation sur les gaz fluorés. L’intérêt porté au congrès n’a jamais été aussi important. »
« Le succès de la conférence s’explique sans doute en partie par le fait que notre vision dépasse la politique d’aujourd’hui et de demain. Notre panel d’orateurs de renommée internationale comprend des représentants de fabricants de composants, d’organismes de R&D et d’universités. Ils abordent entre autres des sujets tels que les résultats de mesures effectuées sur le terrain (avec une attention particulière accordée au bruit), le développement de composants et de systèmes, l’IoT, ainsi que les pompes à chaleur- industrielles et HT et leurs applications. »
Net Zero Industry Act
Aujourd’hui, les PAC permettent d’éviter environ 54 Mt CO2 dans l’Union européenne, ce qui représente les émissions annuelles de la Grèce. Les états membres qui ont particulièrement progressé par rapport à l’an passé sont -entre autres- la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne et la Tchéquie. Mais en chiffres absolus, le marché européen de la PAC est toujours dominé par la France (621.000 PAC installées en 2022), l’Italie (513.000) et l’Allemagne (275.000), qui représentent ensemble environ 47% de ce marché. Si on observe le nombre de PAC par habitant, ce sont alors la Finlande, la Norvège et la Suède qui sont en tête de peloton. On ne peut trouver meilleur argument pour convaincre les sceptiques que les PAC sont également adaptées aux basses températures.
La croissance exceptionnelle devrait se poursuivre étant donné la nécessité (lire : l’obligation) de décarboner en vertu de l’action climatique et d’abandonner les combustibles fossiles ; un phénomène qui a pris de l’ampleur au cours de l’année écoulée en raison de l’invasion russe de l’Ukraine. Et avant cela, personne n’a apparemment remis en question les importations massives de gaz russe en Europe, ce qui a eu pour effet de maintenir Poutine fermement en selle. Il n’est donc guère étonnant que de nombreux orateurs -pas moins de 37 présentations se sont succédées à un rythme effréné durant les deux jours de l’événement- aient fait le lien avec la politique européenne, et notamment avec l’objectif REPowerEU destiné à doubler les ventes de PAC en 5 ans et le plan UE visant à stimuler les industries durables. Si le Net Zero Industry Act témoigne de l’engagement de l’Europe à jouer un rôle de premier plan dans des secteurs durables tels que les pompes à chaleur, une plus grande ambition pourrait toutefois être affichée
Le propane
Il y a deux ans, on se demandait encore si le réfrigérant ayant le plus grand potentiel d’avenir en matière de PAC serait le R32 ou le propane, mais depuis, la réponse à cette question est tombée et penche nettement en faveur du propane. Mais cela n’a pas dissuadé différents fabricants de réfrigérants chimiques de présenter des évolutions qui, en termes de PRG, répondent à la nouvelle réglementation F-gaz, et dont les performances rejoignent celles des réfrigérants les plus utilisés aujourd’hui. Mais une inconnue demeure : que fait l’Europe avec les PFAS ?
« Nous devons quand même admettre que chaque pompe à chaleur qui remplace une installation de chauffage fonctionnant avec des combustibles fossiles constitue une amélioration pour l’environnement, indépendamment du réfrigérant », clarifie Fabio Polo. « Mais chez Swegon, nous sommes convaincus que la combinaison de la nouvelle réglementation F-gaz et de l’implémentation potentielle de la proposition de restriction modifiera profondément le paysage des réfrigérants. Le propane sera accepté comme le réfrigérant standard majeur pour les PAC monobloc dans les applications commerciales et résidentielles. Mais nous devons également tenir compte des contraintes liées aux classes d’installation, à la charge de réfrigérant et à la capacité. Il existe des solutions pour approcher sans danger la plupart des applications de PAC, mais certains marchés de niche exigent une toute autre approche. Dans ce cas, les contraintes réglementaires et technologiques ne peuvent être surmontées qu’en réfléchissant à des solutions alternatives lors de la conception de l’installation, ou à l’aide d’une combinaison d’autres réfrigérants. » Un point de vue clair, mais qui a suscité la réaction d’Alessia Del Vasto (EHPA), qui précise que dans la nouvelle réglementation F-gaz, il n’existe encore aucune définition de ce qu’est (ou de ce que n’est pas) une PAC monobloc. La législation ne peut être cohérente que si toutes les brèches sont verrouillées et toutes les modalités sujettes à interprétation éliminées.
Transition énergétique
L’essor du marché des pompes à chaleur va de pair avec celui de l’énergie durable. Autrefois, la question était la suivante : « Le réseau électrique européen peut-il faire face à l’alimentation de 50 à 60 millions de PAC ? » Thomas Nowak (EHPA) trouve cette question obsolète et la tourner plutôt ainsi : « Que ferons-nous avec toute notre électricité durable produite lorsqu’il n’y aura pas assez de PAC pour consommer cette électricité ? » « Mais je vois un autre problème à court terme. Le marché classique de la PAC stagne quelque peu ; nous n’observons plus ces chiffres de croissance exponentiels d’il y a quelques années. Mais, par contre, grâce aux nouvelles évolutions, de nouvelles applications et de nouveaux modèles commerciaux émergent ; et au bout du compte, le climat d’investissement reviendra à la normale, ce qui mettra en branle un mouvement de rattrapage. »
« Mais j’ajoute quelque chose d’autre: la transition énergétique. Celle-ci représente un défi énorme. Certes, nous avons le vent en poupe, mais nous devons nous retrousser les manches. Et nous devons tous le faire, sans exception, des décideurs aux industriels en passant par les installateurs et les architectes. »
« Environ la moitié des bâtiments européens possèdent une chaudière qui a été installée avant 1992 », ajoute Fabrizia Giordano (Austrian Institute of Technology). « Rien qu’à Vienne, nous comptons 440.000 bâtiments équipés d’une chaudière gaz pour le chauffage et l’ECS. Nous voulons remplacer celles-ci par des pompes à chaleur. Mais pour y arriver, nous devons répondre à certaines conditions, à savoir une installation simple, modulaire, compacte, mais aussi des réfrigérants écologiques et un faible niveau sonore et de vibration . Le choix logique est en conséquence la pompe à chaleur au propane (150 g/1,25 kW). Sa modularité permet d’atteindre la puissance de chauffe exigée. « En Allemagne, nous avons 18 millions de maisons pour 80 millions d’occupants. Une situation n’est pas l’autre. Nous avons donc absolument besoin de solutions adéquates en matière de PAC, afin d’accroître aussi bien les performances que le niveau d’acceptation. »
Un plus pour l’environnement… et pour l’économie !
L’European Heat Pump Summit constitue également une occasion d’observer la situation au-delà des frontières de l’UE. Et depuis le Brexit, nous ne devons plus aller très loin. « Le gouvernement britannique déploie beaucoup d’efforts pour décarboner le chauffage des habitations et des entreprises, notamment par le biais de mesures ambitieuses », explique James Beal (UK Department for International Trade). Le chauffage est responsable de plus d’un tiers des émissions de carbone du Royaume-Uni. Ramener ce chiffre à zéro d’ici à 2050 signifie qu’il faudra s’attaquer à plus de 30 millions de foyers et d’entreprises au Royaume-Uni en l’espace de 26 ans. Des études démontrent qu’environ 90% des logements britanniques ont une capacité électrique et un niveau d’isolation suffisants pour accueillir une PAC. L’installation des PAC doit aller vite. De 55.000 en 2021 à 600.000 unités par an en 2028, pour ensuite passer à 1,9 million en 2035 ! D’ici la fin de la décennie, le Royaume Uni sera l’un des marchés les plus importants en termes de PAC en Europe. »
“ Il s’agit d’une opportunité, non seulement pour l’environnement, mais aussi pour notre économie. Le gouvernement britannique prévoit un paquet de mesures politiques et de soutien, dont une réglementation ciblée, un nouveau mécanisme basé sur le marché et des investissements publics via divers programmes, comme le Boiler Upgrade Scheme et la Heat Pump Investment Accelerator Competition. Ce qui accroît les chances des fabricants de PAC, et par extension, de la chaîne complète d’approvisionnement d’atteindre ces objectifs. Nous espérons et escomptons la fabrication d’environ 300.000 pompes à chaleur sur notre territoire. »
« D’ores et déjà, des fabricants investissent en la matière, et ils sont à cet effet stimulés par -entre autres- des subsides, des avantages fiscaux et la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée, un point non négligeable », complète George Bennett (UK Department for Energy Security and Net Zero). « Mitsubishi Electric a ainsi investi 15,3 millions de livres dans l’usine de Livingston, afin d’améliorer la productivité, l’efficacité et les capacités en R&D des pompes à chaleur. Le développement de cette usine en une smart factory implique l’intégration d’équipements d’automatisation et de robotique dans les activités de production, l’utilisation de systèmes de capteur de pointe destinés à fournir de l’information en temps réel, ainsi que l’évolution des compétences numériques du personnel. Mais pouvons-nous y arriver seuls ? Certainement pas ! C’est pourquoi il est important que les liens économiques avec l’UE restent solides et que nous continuions à nous considérer comme des partenaires commerciaux privilégiés. »
Les regards sont désormais déjà tournés vers la prochaine édition de Chillventa, du 8 au 10 octobre 2024 au NürnbergMesse. Les pompes à chaleur y occuperont une place prépondérante, et de nombreux fabricants présenteront de nouvelles évolutions et composants dans le domaine de la PAC.
Par Rudy Gunst
Source photo: NürnbergMesse / Heiko Stahl
Source photo: NürnbergMesse / Heiko Stahl
Source photo: UK Government
Source photo: Sensata Technologies


















