Comportement au feu des appareils de réfrigération
Comportement au feu des appareils de réfrigération
Une autre approche
L’introduction de réfrigérants inflammables a considérablement accru l’attention portée à la sécurité incendie. Ces appareils nécessitent une approche spécifique à l’installation pour éviter tout risque d’incendie. Leur concept et leur production ont également fait l’objet d’adaptations. Le secteur HVAC se focalise sur la prévention des fuites de réfrigérants susceptibles de provoquer un incendie. C’est bien entendu important, mais ce n’est pas le seul risque d’incendie. Une équipe de chercheurs italiens et britanniques dirigée par Rocco Di Filippo (Université de Trente) a adopté une autre approche. Ils n’ont pas cherché à savoir si les appareils pouvaient provoquer un incendie mais à déterminer leur contribution lors d’un incendie existant, provoqué par une cause externe. Les conclusions ont été publiées dans l’International Journal of Disaster Risk Reduction. Voici un résumé des points principaux.
Évaluation des risques
Cette étude est motivée par le constat que le risque d’incendie dû à une fuite de réfrigérant est très faible. En revanche, il est plus probable qu’un appareil soit impliqué dans un incendie ‘ordinaire’, déclenché par une cause externe totalement différente. Il se peut qu’un climatiseur ou une pompe à chaleur contenant un réfrigérant inflammable aggrave l’incendie. L’équipe a réalisé une étude documentaire pour déterminer dans quelle mesure ce phénomène est avéré, puis formulé des recommandations supplémentaires sur cette base.
Les appareils de réfrigération comme accélérateur d’incendie
Les analyses de cas pratiques et les recherches en laboratoire ont montré que les appareils de réfrigération (appareils HVAC et réfrigérateurs) aggravent effectivement un incendie existant. La quantité d’énergie libérée lorsque ces appareils prennent feu est plus importante que celle libérée par d’autres appareils ménagers comme les téléviseurs ou les sèche-linge. Il ne faut toutefois pas exagérer le risque. Les chercheurs ont notamment examiné dans quelle mesure un appareil de réfrigération pouvait contribuer au ‘flashover’ ou embrasement généralisé éclair. Ce phénomène thermique se produit lorsqu’un feu localisé se transforme brutalement en un feu généralisé, enflammant instantanément tous les matériaux combustibles présents dans un volume. Des études portant à la fois sur les réfrigérateurs et les climatiseurs split montrent que leur contribution à cet effet reste limitée. Ce n’est que lorsque l’incendie entraîne un dégagement de chaleur considérable que l’effet d’un tel appareil peut être suffisamment important pour élever la température au-dessus du point d’embrasement généralisé. Un appareil de réfrigération est donc plutôt un facteur de complication qu’un risque en soi.
Interaction avec d’autres éléments de la construction
Les chercheurs ont étudié l’interaction entre les appareils split et d’autres parties de l’enveloppe du bâtiment en cas d’incendie. L’expérience pratique nous apprend que les unités extérieures classiques installées en façade ou sur un balcon peuvent contribuer à la propagation d’un feu par la façade. Les balcons ou les façades sont en effet rarement équipés de systèmes de lutte contre l’incendie tels que des sprinklers ou des extincteurs. Même si le système de sprinklers du bâtiment se déclenche, le feu peut se propager à d’autres parties du bâtiment via les unités extérieures.
Cela peut avoir de graves conséquences en présence d’une isolation de façade inflammable. Si le feu atteint une couche d’isolation inflammable via les conduites de réfrigérant, il peut alors se propager de manière incontrôlée dans le bâtiment. Une fois encore, il convient de replacer le risque dans son contexte. L’isolation inflammable des façades constitue en soi un facteur de risque, même en l’absence de conduites de réfrigérant ou d’unités extérieures. La présence ou non d’unités extérieures doit toutefois être prise en compte dans l’évaluation globale du risque d’incendie.
Et le réfrigérant ?
Peu de tests ont été effectués sur le comportement au feu des appareils de réfrigération. Un résultat frappant des rares études pratiques est que le réfrigérant n’a qu’un effet limité sur le développement de chaleur et la contribution à l’incendie. Tant dans le cas des réfrigérateurs que des unités split, il s’est avéré que les appareils utilisant des hydrocarbures (R290, R600a) n’étaient pas beaucoup plus dangereux que ceux utilisant des réfrigérants ‘ininflammables’ tels que le R12 ou le R22. Cela s’explique par le fait que le développement de chaleur d’un incendie externe est généralement suffisant pour enflammer ces substances, ceci étant renforcé par la présence d’huile dans le circuit de refroidissement. Le principal facteur de risque est le contenu réfrigérant et non le type de réfrigérant. Comme le contenu réfrigérant est limité avec les hydrocarbures, ces appareils obtiennent paradoxalement de meilleurs résultats que prévu aux tests de réaction au feu. Les appareils utilisant des hydrocarbures restent toutefois plus dangereux que ceux utilisant des réfrigérants A1, mais la différence en termes de réaction au feu est moins importante qu’on pourrait le penser. Là encore, il ne s’agit pas du risque d’inflammation du réfrigérant mais de ce qui se passe s’il prend feu par une cause externe.
Conclusions
Les chercheurs concluent qu’il convient d’accorder une plus grande attention au comportement au feu des appareils de réfrigération. C’est d’autant plus important que le principe de la pompe à chaleur est de plus en plus appliqué à d’autres types d’appareils électroménagers, comme les machines à laver. Il convient également de s’intéresser à l’interaction de ces appareils avec d’autres composants de la construction, comme les passages en façade et les matériaux d’isolation. À cet égard, il faut examiner le comportement au feu de l’appareil dans son ensemble, et pas uniquement celui du réfrigérant. Les chercheurs plaident pour plus de recherche, tant des expériences que des simulations, pour aboutir à une base plus solide pour l’analyse de risque.
Par: Alex Baumans

