Asercom plaide pour une approche pragmatique de la réglementation
FGR et PFAS
La réglementation sur les gaz F, ou FGR, a profondément influencé le développement du secteur du froid ces dernières années. En 2024, une troisième version (FGR3) a été approuvée, et les premières échéances introduisant de nouvelles restrictions entrent en vigueur. Comme l’a souligné Arno Kaschl de la DG Clima de la Commission européenne, la FGR est indéniablement une réussite. La hausse des émissions de gaz fluorés a été stoppée, et une diminution nette est amorcée. L’impact potentiel est considérable : si tous les climatiseurs split passaient au R290, cela pourrait réduire le réchauffement climatique de 0,1°C en moyenne. En tout état de cause, la réglementation a permis de renforcer l’attention portée à la prévention des rejets de réfrigérants dans l’atmosphère, qu’il s’agisse de HFC, de HFO ou d’autres substances.
Entretemps, un nouveau problème est apparu : les PFAS. Il pose de nouveaux défis au secteur du froid, car les fabricants sont pris entre deux feux : la réglementation sur les gaz F, d’une part, et les restrictions relatives aux PFAS, d’autre part. Dans certains cas, cette situation laisse peu de marge de manœuvre, surtout lorsqu’il faut en plus se conformer aux exigences de performance énergétique. C’est pourquoi, tant dans l’industrie qu’en dehors, des voix s’élèvent pour demander l’intégration des réglementations PFAS dans la FGR. Il est dans l’intérêt de tous de parvenir à un ensemble cohérent : si une directive impose des techniques qu’une autre interdit, nous n’arriverons à rien. Reste à savoir si la Commission européenne donnera suite à cette demande.
Il serait utile d’examiner dans quelle mesure les réfrigérants contribuent aux émissions de PFAS. En effet, de nombreuses sources introduisent ces substances dans l’environnement, notamment des pesticides, des mousses extinctrices, etc. L’objectif n’est évidemment pas de diffuser de substances polluantes via les réfrigérants, mais les réglementations doivent être proportionnées au risque.
Le débat sur les PFAS dépasse le cadre des réfrigérants. Ces substances sont également utilisées dans les fluoropolymères, notamment pour les joints. On se heurte ici à une nouvelle contradiction au sein de la politique européenne. L’objectif est d’électrifier les processus industriels, notamment grâce aux pompes à chaleur haute température. Celles-ci imposent toutefois des exigences plus élevées aux joints et autres composants similaires. Des matériaux contenant des PFAS, tels que les fluoropolymères, sont utilisés à cette fin. Or, si ces matériaux sont interdits, l’électrification rapide de la production de vapeur, par exemple, sera compromise. Une approche globale tenant compte de tous les aspects est donc nécessaire.
Le pragmatisme avant l’idéologie
Aux Etats-Unis, Stephen Yurek de l’AHRI a appelé à davantage de pragmatisme. La politique énergétique de Donald Trump a bouleversé la donne. Non seulement elle a un impact sur les Etats-Unis, mais en se retirant unilatéralement des différents accords sur le climat, elle remet en question l’ensemble de l’approche internationale. Si l’UE se targue d’être à la pointe de la lutte contre le changement climatique, personne ne sait vraiment quelle direction prendre maintenant que la plus grande économie mondiale (et plus grand producteur de gaz à effet de serre) fait cavalier seul. La réaction américaine est certes extrême, mais elle révèle un conflit sous-jacent : les ambitions climatiques se heurtent de plus en plus à la réalité économique. Si les politiques mises en place imposent des systèmes inabordables, les consommateurs ne suivront pas. Un approvisionnement énergétique abordable et fiable est une nécessité pour les ménages et les entreprises.
Stephen Yurek a donc plaidé pour une approche plus réaliste, délaissant les déclarations grandiloquentes des conférences internationales. Selon lui, cela serait plus efficace que d’envoyer régulièrement tout un cirque médiatique dans l’une ou l’autre grande ville. L’ambition seule ne suffit pas à élaborer une politique : des progrès ne peuvent être réalisés que si les plans sont effectivement mis en œuvre. Il a donc appelé à prendre du recul et à troquer l’idéalisme contre le pragmatisme. Il faut commencer par des objectifs réalisables, puis convaincre les décideurs politiques d’opter pour ce qui est techniquement faisable. Ce n’est qu’à cette condition qu’une approche à long terme pourra être développée.
Réglementations à venir
D’autres réglementations sont en préparation en Europe. L’une des plus importantes est la nouvelle version de la directive Ecodesign, ou Sustainable Products Regulation (ESPR). Il s’agit d’une mise à jour des exigences Ecodesign bien connues, mais qui s’appliquera à une gamme plus large de produits. De plus, une attention particulière est désormais accordée à la circularité, avec des aspects comme le recyclage, la réparabilité et l’utilisation des matériaux. Asercom suit naturellement ces développements, et a donc encore beaucoup de travail devant elle.
Par: Alex Baumans - photos: Asercom