ATMO Europe Summit 2025
Avant tout, une communication de service : l’ATMO Europe Summit a modifié son slogan. Jadis ‘Business Case for Natural Refrigerants’, il est désormais ‘Business Case for Clean Cooling’. Marc Chasserot, CEO d’ATMOsphere: « Nous voulons également accorder de l’attention aux nouvelles technologies émergentes dans le domaine du refroidissement et du chauffage. Elles complètent les réfrigérants naturels et répondent à nos critères : efficacité énergétique, absence de PFAS, GWP très bas et potentiel de destruction de la couche d’ozone nul. »
PFAS – Quelle sera la décision de l’Europe?
En 2024, les PFAS figuraient pour la première fois à l’ordre du jour de l’ATMO Europe Summit. Cette année, le sujet a suscité une attention accrue en raison des nouveaux développements liés à l’initiative de contrôle des risques associés aux PFAS, soumise le 13 janvier 2023 par le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède. Pour rappel, les composés per- et polyfluoroalkylés, (PFAS) sont des substances chimiques créées par l’homme. Elles ne sont pas présentes naturellement dans l’environnement. Parmi les PFAS, on peut citer le GenX/cC604, le PFOA (acide perfluorooctanoïque) et le PFOS ( sulfonate de perfluorooctane).
Le sujet a été présenté de manière captivante par Cristina Guarda, députée européenne des Verts italiens, qui l’a étudié en détail et se distingue des autres membres du groupe par son expertise. « Le parlement européen revoit ses ambitions à la baisse. Le texte actuellement sur la table ne prévoit pas de mesures fortes pour protéger l’eau contre les PFAS, ces ‘polluants éternels’ qui constituent une menace réelle pour la santé publique et l’environnement. Je trouve particulièrement regrettable que le texte initial ait été considérablement édulcoré par les nombreux amendements déposés. On peut imaginer que l’industrie concernée a exercé un lobbying intense. »
« Un aspect crucial est la suppression de l’objectif de protection de l’eau fondé sur la teneur totale en PFAS. Cela comporte le risque réel que seule une infime partie des quelques 5000 types de PFAS connus soit contrôlée, ce qui affaiblirait la législation et réduirait l’efficacité des limites imposées. Sans une surveillance complète, nous ne pouvons pas garantir une véritable protection des ressources en eau. Il pleut aujourd’hui à Padoue et je vous déconseille de boire l’eau de pluie car cela entraînerait une accumulation d’impuretés dans l’organisme. Je ne veux pas anticiper sur le contenu final du texte, mais il semble fort probable que la résolution n’aille pas dans le sens d’une interdiction totale des PFAS. Une liste de secteurs critiques où leur utilisation restera autorisée sera publiée. Le problème est que cette liste, très générale, laisse la porte ouverte à d’autres exceptions à l’avenir. Nous risquons donc de nous éloigner de plus en plus de l’objectif principal : un avenir sans PFAS. »
Un workshop spécial consacré aux PFAS, animé par la Coalition for PFAS FREE Cooling & Heating, a permis de recueillir de l’information auprès des participants sur les alternatives sans PFAS pour le refroidissement, les pompes à chaleur, les refroidisseurs et autres applications. Le moment choisi n’est pas fortuit car 2026 sera une année cruciale. La résolution sur les PFAS sera alors définitivement adoptée. Pour pouvoir prendre des décisions éclairées ayant un impact direct sur le secteur du froid, il est indispensable de disposer de données fiables sur la disponibilité et les classes de prix des réfrigérants (naturels), en alternative aux réfrigérants synthétiques visés, tant aujourd’hui que dans un avenir proche. « J’ai vu de nombreuses études prétendument scientifiques et rigoureuses, réalisées par le lobby chimique, qui mentionnent des évolutions de prix des réfrigérants naturels totalement infondées », déclare Marc Chasserot. « Il va sans dire que cette désinformation sert leurs propres intérêts, et nous essayons de contrebalancer cela. »
Refroidir les datacenters
« Les centres de données sont le nouvel or », affirme sans détour Ted Amyuni, senior industry expert au fonds d’investissement Triton. « Je me trouvais récemment à un forum d’investissement au Moyen-Orient. L’un des intervenants était Elon Musk. Son message était clair : aujourd’hui, nous ne pouvons pas imaginer l’ampleur que prendra la demande en centres de données, de plus en plus qualifiés d’usines à IA. » Saviez-vous que certains esprits visionnaires envisagent de les installer dans l’espace ? Mais avant d’en arriver là, un nombre considérable de centres de données verront le jour sur Terre. Et tous auront besoin d’un refroidissement fiable et durable. »
Cela offre des opportunités à l’industrie européenne de développer des solutions qui connaîtront une demande exponentielle. « Il fut un temps où le monde se tournait vers l’Europe pour conduire la transition vers la durabilité », ajoute Marc Chasserot. « Mais nous avons habilement saboté notre position de leader. La Chine a pris le relais. Un exemple de son engagement en faveur du développement durable ? Aujourd’hui, 60% des voitures y sont électriques. En Europe, nous ne pouvons qu’en rêver, tandis qu’aux États-Unis, le thème suscite moins d’enthousiasme. Si la Chine décide aujourd’hui de se passer des PFAS, cela se fera demain. Ce n’est pas une politique idéale, mais cela signifie qu’elle peut agir plus vite que l’Europe. Ne vous y trompez pas : à l’heure actuelle, la Chine mise déjà sur des solutions durables et respectueuses du climat pour les centres de données, et montre l’exemple. L’Europe, elle, se contente d’observer. »
Par Rudy Gunst