12/02/2019

ATMOsphere Europe 2018

Les réfrigérants naturels gagnent en importance

La neuvième édition d’ATMOsphere Europe, principal événement en matière de gaz réfrigérants naturels, s’est déroulée du 19 au 21 novembre 2018 à Riva del Garda (Italie). L’événement attire chaque année un nombre croissant de participants, des utilisateurs actuels ou futurs de gaz réfrigérants naturels, ce qui reflète bien l’évolution de ce marché.

Si l’on ne croisait que des fondamentalistes écologistes lors des premières éditions d’ATMOsphere Europe (qui avaient toujours lieu à Bruxelles), l’éventail de participants a depuis lors totalement changé. Aujourd’hui, on y rencontre également des représentants de nombreuses entreprises comme Alfa Laval, Beijer Ref, Carrier, Daikin, Dorin, Emerson, LU-VE, Panasonic, Rhoss, Rivacold, Vaillant et Viessmann. Certaines sociétés optent résolument pour les gaz réfrigérants naturels, d’autres adoptent une double approche et restent dans l’expectative. Mais c’est justement ce mélange de participants qui fait la force d’ATMOsphere Europe : réunir des fabricants, des distributeurs, des utilisateurs finaux, des fédérations professionnelles, des décideurs politiques, des centres de recherches, etc. pour débattre des avantages et des inconvénients des gaz réfrigérants naturels.

Radicaux

« En 2009, nous passions pour les marginaux, les radicaux qui étaient convaincus que l’avenir appartient aux réfrigérants naturels », raconte Marc Chasserot, CEO de la société Shecco qui organise les événements ATMOsphere. « A l’époque, on en était encore à rechercher des applications efficaces, mais depuis lors, on discute ouvertement pour savoir quel réfrigérant naturel convient le mieux à chaque application spécifique. Alors que nous devions encore expliquer il y a 10 ans qu’un réfrigérant naturel offre le PRP le plus faible, le débat s’est désormais élevé à un niveau supérieur et porte à présent sur l’efficacité énergétique, le contrôle des fuites, le service et l’entretien, l’installation, le réglage, etc. Au cours de Chillventa, j’ai compté plus de 300 exposants proposant quelque chose en rapport avec des gaz réfrigérants naturels. Cela représente 30% de Chillventa ! Nous sommes devenus un marché important, et qui ne cesse de s’étendre. Pour ceux qui ont laissé passer l’opportunité, il n’est pas encore trop tard mais il ne faut plus hésiter trop longtemps pour franchir le pas. »

Le retrait progressif des HFC naturels a largement favorisé l’essor des réfrigérants naturels. Essentiellement en Europe hélas, car dans les autres parties du monde, leur développement n’est pas aussi marqué. « On a un peu l’impression que l’Europe est la seule à vouloir sauver la planète », dit Bente Tranholm-Schwarz de DG Clima, « mais cela ne doit pas nous empêcher d’agir. La Commission Européenne mènera une politique active contre le commerce illégal de gaz réfrigérants illicites. Non seulement via des contrôles aux frontières et dans les transports mais aussi sur Internet. Amazon, eBay, Alibaba, AliExpress,... sachez que nous les surveillerons de près et que nous interviendrons activement si nécessaire. »

Les statistiques montrent que c’est surtout en Europe que les réfrigérants naturels connaissent une forte progression, mais ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Klara Zolcer Skacanova (Shecco) : « Les autres régions du monde nous observent. Non pas pour copier notre législation, ce qui est d’ailleurs déjà le cas, mais pour voir quelles mesures concrètes sont prises. A quel rythme évolue la R&D chez les fabricants ? Soyez assuré que dès que les obstacles technologiques auront été levés, les autres régions durciront aussi leur réglementation sur les gaz F. L’Europe ouvre la voie mais nos efforts inspireront les autres acteurs. Nous pouvons assurément être fiers de ce rôle de précurseurs. »

Voix critique

Andrea Voigt, directrice générale de l’EPEE (European Partnership for Energy & the Environment, qui est en quelque sorte le lobby du secteur HVACR européen) a été régulièrement critiquée lors des précédentes éditions d’ATMOsphere parce que « ses entreprises » freineraient l’émergence des réfrigérants naturels. Rien n’est moins vrai, bien sûr, mais pendant les premières années, les choses n’avançaient pas assez vite pour les partisans de cette nouvelle approche. Mais voilà, depuis que les principaux fabricants du secteur HVACR commercialisent aussi des solutions avec des réfrigérants naturels en plus de leurs appareils utilisant des gaz réfrigérants chimiques, la voix de l’EPEE est davantage écoutée.

« Si nous voulons atteindre les objectifs de la législation sur les gaz F et de l’Amendement de Kigali, nous avons besoin de tous les gaz réfrigérants ayant un faible PRP. Car, soyons honnêtes : opter pour un réfrigérant à faible PRP mais qui consomme beaucoup d’énergie, ce n’est pas une bonne solution. Notre industrie dispose d’un immense potentiel pour contribuer fondamentalement à l’amélioration du climat, notamment en améliorant l’efficacité énergétique et en augmentant la part de l’énergie durable. Nous pouvons nous montrer un peu moins modérés. Les décideurs politiques peuvent définir des ambitions mais pour les mener à bien, ils ont besoin de l’industrie. Il faut montrer à tout le monde que le secteur HVACR fournit d’énormes efforts pour sauvegarder l’environnement. »

Accelerate Awards

Pour la deuxième fois, cinq récompenses Accelerate Europe Awards ont été décernées pendant ATMOsphere Europe, autant de petits coups de pouce pour les partisans des gaz réfrigérants naturels. Des prix ont été attribués dans quatre catégories par un jury professionnel qui a finalement choisi Unilever (light commercial), Metro (food retail) et E.ON (industrie). L’Italien Sergio Girotto a remporté le trophée de la Personnalité de l’Année. Il a fondé sa société enEX en 2004 et depuis lors, celle-ci a fabriqué plus de mille installations de réfrigération au CO2 transcritique. Mais le trophée le plus attendu était celui de l’Innovation de l’Année, le prix du public pour lequel chacun pouvait voter en ligne. Cette récompense a été décernée au chiller à l’ammoniac BluQ qui nécessite seulement 40 à 50 grammes d’ammoniac par kW de puissance frigorifique (voir Cool & Comfort 79).

L’année prochaine, ATMOsphere Europe fêtera ses dix ans en Pologne. Il s’agira de la première édition en Europe de l’Est. « Au sein de l’Union Européenne, c’est la région qui offre le plus grand potentiel pour les réfrigérants naturels », conclut Marc Chasserot. « Ce sera notre quatrième congrès hors de Bruxelles. Avec les éditions précédentes à Barcelone et Berlin, puis cette année à Riva del Garda, nous aurons fait le tour de l’Europe, tant au plan géographique qu’au plan climatologique. Ensuite, nous reviendrons à Bruxelles pour peser au maximum sur la politique européenne à partir de 2020 car si nous avons appris quelque chose ces 10 dernières années, c’est bien que le secteur HVACR doit bénéficier de l’impulsion de la Commission Européenne pour pouvoir proposer des solutions plus respectueuses de l’environnement. Je retiendrai surtout de cette édition 2018 que l’industrie est en train de se préparer à introduire aussi des pompes à chaleur avec réfrigérants naturels dans le marché résidentiel. L’avenir ne nous a jamais encore paru aussi radieux ! »

Par Rudy Gunst

www.atmo.org

Fotocredit: Shecco

« L’Europe interviendra activement contre le commerce illégal de gaz réfrigérants interdits. »

Bente Tranholm-Schwarz (DG Clima)

« L’usage de réfrigérants naturels dans les systèmes HVAC et les pompes à chaleur de type résidentiel constitue la prochaine étape. »

Marc Chasserot (Shecco)

ATMOsphere Europe 2018

Les réfrigérants naturels gagnent en importance

La neuvième édition d’ATMOsphere Europe, principal événement en matière de gaz réfrigérants naturels, s’est déroulée du 19 au 21 novembre 2018 à Riva del Garda (Italie). L’événement attire chaque année un nombre croissant de participants, des utilisateurs actuels ou futurs de gaz réfrigérants naturels, ce qui reflète bien l’évolution de ce marché.

Si l’on ne croisait que des fondamentalistes écologistes lors des premières éditions d’ATMOsphere Europe (qui avaient toujours lieu à Bruxelles), l’éventail de participants a depuis lors totalement changé. Aujourd’hui, on y rencontre également des représentants de nombreuses entreprises comme Alfa Laval, Beijer Ref, Carrier, Daikin, Dorin, Emerson, LU-VE, Panasonic, Rhoss, Rivacold, Vaillant et Viessmann. Certaines sociétés optent résolument pour les gaz réfrigérants naturels, d’autres adoptent une double approche et restent dans l’expectative. Mais c’est justement ce mélange de participants qui fait la force d’ATMOsphere Europe : réunir des fabricants, des distributeurs, des utilisateurs finaux, des fédérations professionnelles, des décideurs politiques, des centres de recherches, etc. pour débattre des avantages et des inconvénients des gaz réfrigérants naturels.

Radicaux

« En 2009, nous passions pour les marginaux, les radicaux qui étaient convaincus que l’avenir appartient aux réfrigérants naturels », raconte Marc Chasserot, CEO de la société Shecco qui organise les événements ATMOsphere. « A l’époque, on en était encore à rechercher des applications efficaces, mais depuis lors, on discute ouvertement pour savoir quel réfrigérant naturel convient le mieux à chaque application spécifique. Alors que nous devions encore expliquer il y a 10 ans qu’un réfrigérant naturel offre le PRP le plus faible, le débat s’est désormais élevé à un niveau supérieur et porte à présent sur l’efficacité énergétique, le contrôle des fuites, le service et l’entretien, l’installation, le réglage, etc. Au cours de Chillventa, j’ai compté plus de 300 exposants proposant quelque chose en rapport avec des gaz réfrigérants naturels. Cela représente 30% de Chillventa ! Nous sommes devenus un marché important, et qui ne cesse de s’étendre. Pour ceux qui ont laissé passer l’opportunité, il n’est pas encore trop tard mais il ne faut plus hésiter trop longtemps pour franchir le pas. »

Le retrait progressif des HFC naturels a largement favorisé l’essor des réfrigérants naturels. Essentiellement en Europe hélas, car dans les autres parties du monde, leur développement n’est pas aussi marqué. « On a un peu l’impression que l’Europe est la seule à vouloir sauver la planète », dit Bente Tranholm-Schwarz de DG Clima, « mais cela ne doit pas nous empêcher d’agir. La Commission Européenne mènera une politique active contre le commerce illégal de gaz réfrigérants illicites. Non seulement via des contrôles aux frontières et dans les transports mais aussi sur Internet. Amazon, eBay, Alibaba, AliExpress,... sachez que nous les surveillerons de près et que nous interviendrons activement si nécessaire. »

Les statistiques montrent que c’est surtout en Europe que les réfrigérants naturels connaissent une forte progression, mais ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Klara Zolcer Skacanova (Shecco) : « Les autres régions du monde nous observent. Non pas pour copier notre législation, ce qui est d’ailleurs déjà le cas, mais pour voir quelles mesures concrètes sont prises. A quel rythme évolue la R&D chez les fabricants ? Soyez assuré que dès que les obstacles technologiques auront été levés, les autres régions durciront aussi leur réglementation sur les gaz F. L’Europe ouvre la voie mais nos efforts inspireront les autres acteurs. Nous pouvons assurément être fiers de ce rôle de précurseurs. »

Voix critique

Andrea Voigt, directrice générale de l’EPEE (European Partnership for Energy & the Environment, qui est en quelque sorte le lobby du secteur HVACR européen) a été régulièrement critiquée lors des précédentes éditions d’ATMOsphere parce que « ses entreprises » freineraient l’émergence des réfrigérants naturels. Rien n’est moins vrai, bien sûr, mais pendant les premières années, les choses n’avançaient pas assez vite pour les partisans de cette nouvelle approche. Mais voilà, depuis que les principaux fabricants du secteur HVACR commercialisent aussi des solutions avec des réfrigérants naturels en plus de leurs appareils utilisant des gaz réfrigérants chimiques, la voix de l’EPEE est davantage écoutée.

« Si nous voulons atteindre les objectifs de la législation sur les gaz F et de l’Amendement de Kigali, nous avons besoin de tous les gaz réfrigérants ayant un faible PRP. Car, soyons honnêtes : opter pour un réfrigérant à faible PRP mais qui consomme beaucoup d’énergie, ce n’est pas une bonne solution. Notre industrie dispose d’un immense potentiel pour contribuer fondamentalement à l’amélioration du climat, notamment en améliorant l’efficacité énergétique et en augmentant la part de l’énergie durable. Nous pouvons nous montrer un peu moins modérés. Les décideurs politiques peuvent définir des ambitions mais pour les mener à bien, ils ont besoin de l’industrie. Il faut montrer à tout le monde que le secteur HVACR fournit d’énormes efforts pour sauvegarder l’environnement. »

Accelerate Awards

Pour la deuxième fois, cinq récompenses Accelerate Europe Awards ont été décernées pendant ATMOsphere Europe, autant de petits coups de pouce pour les partisans des gaz réfrigérants naturels. Des prix ont été attribués dans quatre catégories par un jury professionnel qui a finalement choisi Unilever (light commercial), Metro (food retail) et E.ON (industrie). L’Italien Sergio Girotto a remporté le trophée de la Personnalité de l’Année. Il a fondé sa société enEX en 2004 et depuis lors, celle-ci a fabriqué plus de mille installations de réfrigération au CO2 transcritique. Mais le trophée le plus attendu était celui de l’Innovation de l’Année, le prix du public pour lequel chacun pouvait voter en ligne. Cette récompense a été décernée au chiller à l’ammoniac BluQ qui nécessite seulement 40 à 50 grammes d’ammoniac par kW de puissance frigorifique (voir Cool & Comfort 79).

L’année prochaine, ATMOsphere Europe fêtera ses dix ans en Pologne. Il s’agira de la première édition en Europe de l’Est. « Au sein de l’Union Européenne, c’est la région qui offre le plus grand potentiel pour les réfrigérants naturels », conclut Marc Chasserot. « Ce sera notre quatrième congrès hors de Bruxelles. Avec les éditions précédentes à Barcelone et Berlin, puis cette année à Riva del Garda, nous aurons fait le tour de l’Europe, tant au plan géographique qu’au plan climatologique. Ensuite, nous reviendrons à Bruxelles pour peser au maximum sur la politique européenne à partir de 2020 car si nous avons appris quelque chose ces 10 dernières années, c’est bien que le secteur HVACR doit bénéficier de l’impulsion de la Commission Européenne pour pouvoir proposer des solutions plus respectueuses de l’environnement. Je retiendrai surtout de cette édition 2018 que l’industrie est en train de se préparer à introduire aussi des pompes à chaleur avec réfrigérants naturels dans le marché résidentiel. L’avenir ne nous a jamais encore paru aussi radieux ! »

Par Rudy Gunst

www.atmo.org

Fotocredit: Shecco

« L’Europe interviendra activement contre le commerce illégal de gaz réfrigérants interdits. »

Bente Tranholm-Schwarz (DG Clima)

« L’usage de réfrigérants naturels dans les systèmes HVAC et les pompes à chaleur de type résidentiel constitue la prochaine étape. »

Marc Chasserot (Shecco)