Endiguer le tsunami de TFA
Zoom sur le TFA
La contamination par les PFAS est rapidement devenue un enjeu central de la politique environnementale. Jusqu’à présent, l’attention s’était principalement portée sur les substances à longue chaîne. Or, il apparaît désormais que l’impact des variantes à très courte chaîne, comme le TFA (acide trifluoroacétique), ne doit pas être sous-estimé. Le TFA est très persistant et, une fois qu’il pénètre dans le cycle de l’eau, il est très difficile de l’éliminer. Cette substance se retrouve dans l’environnement par des rejets directs mais aussi en tant que produit de dégradation d’autres substances chimiques, telles que les pesticides, les médicaments et – ce qui nous concerne plus particulièrement - certains fluides frigorigènes.
Ce dernier point est une conséquence de la recherche de fluides frigorigènes à faible pouvoir de réchauffement global. Le GWP d’un fluide est calculé sur une longue période. Les molécules qui se dégradent rapidement dans l’atmosphère, comme les fluides HFO, présentent donc un avantage évident. Toutefois, si cela conduit à la formation de produits de dégradation persistants tels que le TFA, un nouveau problème se pose. C’est pourquoi une attention accrue est portée aux propriétés de dégradation des HFO et à l’ampleur de la formation de TFA qui en résulte, variant d’une molécule à l’autre.
Les HFO dans le collimateur
La climatisation automobile repose principalement sur les fluides R-1234yf et R-134a. Jusqu’en 2017, le R-134a constituait la norme, avant d’être remplacé par le R-1234yf, une alternative à faible GWP. Les deux substances produisent toutefois du TFA lorsqu’elles se décomposent dans l’atmosphère. Pour le R-134a, l’impact est relativement limité, car le processus de dégradation est lent et seuls 20% de la substance se transforme en TFA. Le R-1234yf, en revanche, est presque entièrement transformé en TFA dans l’atmosphère en l’espace de quelques semaines. Contrairement aux applications dans le bâtiment, les exigences en matière de détection des fuites ou de récupération de fluides frigorigènes sont limitées pour les véhicules. On peut donc supposer qu’en l’absence de mesures supplémentaires, la quasi-totalité du fluide frigorigène contenu dans ces véhicules finira dans l’atmosphère. Selon les calculs du secteur, 43 000 tonnes de TFA ont déjà été rejetées, et 237 000 tonnes supplémentaires devraient l’être au cours des 30 prochaines années. ATMOsphere évoque donc un tsunami de TFA.
Entretemps, les appels en faveur d’une restriction de l’utilisation des PFAS et des substances génératrices de PFAS se font plus pressants. En juin de cette année, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a classé le TFA comme toxique pour la reproduction. De plus, une proposition visant à interdire ou à restreindre l’utilisation des PFAS est à l’étude dans le cadre du règlement REACH. Cette mesure aura des répercussions sur les fluides frigorigènes de type HFO. Il est encore impossible de dire précisément quand ces restrictions seront introduites ni comment les États membres les mettront en oeuvre.
Substituts possibles
Les HFO ont longtemps été considérés comme une alternative à faible GWP, mais ils ne peuvent plus être considérés comme une solution pérenne. Pour ATMOsphere, il est clair qu’il ne faut pas compter sur une prochaine ‘molécule miracle’ de l’industrie chimique. Les solutions à base de propane et de CO2 sont déjà prêtes pour le marché. Volkswagen compte d’ailleurs un million et demi de véhicules équipés d’un système de climatisation fonctionnant au CO2. Pour les applications dans le bâtiment, la problématique du TFA est moins directe : le R-1234ze(E) y est privilégié car sa dégradation produit peu de TFA. Il n’en demeure pas moins que les HFO seront touchés par les restrictions globales sur les PFAS. Le message d’ATMOsphere est donc le suivant: pour garantir la pérennité d’une installation, il faut choisir des fluides naturels.
Par Alex Baumans - photos: ATMOsphere