L’industrie est-elle prête pour les pompes à chaleur ?
L’industrie est-elle prête pour les pompes à chaleur ?
Au cours des derniers mois, l’Association européenne des pompes à chaleur (EHPA) a organisé de nombreux webinaires intéressants au cours desquels à chaque fois un sujet spécifique était traité sous différents angles. Prenons par exemple le webinaire du 23 février « Les pompes à chaleur industrielles pour une industrie européenne plus verte ». Bien sûr, la technologie de la pompe à chaleur a été abordée, ainsi qu’une vue plus élargie du marché européen de l’électricité et du projet DryFiciency.
Lorsque l’on parle de gros consommateurs d’énergie, les industriels ne peuvent être ignorés. Cependant, ne les mettons pas tous dans un même sac. Si la pétrochimie et l’acier se démarquent, presque tous ont une exigence énergétique à un moment donné de leur process. Actuellement, cette exigence est largement couverte par les combustibles fossiles. Imaginons que 10 % de cette énergie soit neutre en carbone, un pas de géant est alors fait vers une énergie plus durable. « Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère industrielle : l’électrification », déclare le Dr Silvia Madeddu du PIK (Potsdam Institute for Climate Impact Research). « L’industrie en fera usage pour améliorer son efficacité et utiliser plus d’électricité en lieu et place d’autres sources d’énergie. La transition en cours vers les sources renouvelables a déjà démontré que l’électricité peut être décarbonée plus rapidement et plus facilement que les énergies non électriques. Si l’on considère la transition technologique dans l’industrie, 78 % de la demande énergétique peut être satisfaite avec de l’électricité en appliquant des technologies déjà disponibles actuellement. Mais l’une des pierres d’achoppement reste le prix excessivement élevé de l’électricité dans divers pays européens. »
Michael Bantle de SINTEF Energy Research le stipule encore plus fortement : « Dans de nombreux pays européens, le prix des énergies fossiles est inférieur à celui de l’électricité. Un avenir exempt de carbone nécessite une forte augmentation de la consommation d’électricité (renouvelable), mais le prix de l’électricité doit alors vraiment baisser. Les graphiques d’un prix modéré de l’électricité et du nombre de pompes à chaleur sont étonnamment similaires. Cela devrait certainement inciter les décideurs politiques à prendre les décisions évidentes qui s’imposent ? Pour dissiper tous les doutes, je le reformule clairement : baissez le prix de l’électricité si vous voulez vous débarrasser des combustibles fossiles nocifs pour l’environnement. »
DryFiciency
Le Dr. Veronika Wilk de l’AIT (« Austrian Institute of Technology ») a donné une présentation inspirante sur le projet EU de recherche DryFiciency. Dans ce dernier, les pompes à chaleur sont utilisées dans des process de séchage industriel à 110 °C et même au-delà. « Les pompes à chaleur peuvent rendre les process de séchage industriels beaucoup plus durables et efficaces, à condition que la chaleur résiduelle soit réutilisée. Dans le passé, cela n’était possible qu’à basse température. »
« Des températures élevées sont notamment requises pour sécher les briques ou les denrées alimentaires. Pour extraire l’eau de process par évaporation, la température est portée à un niveau de 90 à 170 °C. Si la chaleur résiduelle s’évanouit dans l’air, cela a un effet néfaste sur le bilan de CO2. Mais si nous parvenons à réutiliser efficacement la chaleur résiduelle, les émission de CO2 se réduisent alors. »
À titre d’exemple pratique, Wilk a cité l’usine de briques Wienerberger à Uttendorf. Dans ce cas, une pompe à chaleur à circuit fermé a été installée dans le séchoir tunnel pour sécher les briques, en remplacement d’un brûleur au gaz naturel. Les résultats sont si positifs que Wilk parle d’un jalon majeur sur la voie de la décarbonisation de l’industrie de la brique. « Les pompes à chaleur sont une véritable alternative aux brûleurs à gaz conventionnels dans de nombreux procédés de séchage. Sans compromis pour les performances, elles contribuent à accroître l’efficacité énergétique de 80 % et à réduire les émissions de CO2 jusqu’à 75 %. En outre, les pompes à chaleur réduisent également les coûts de production. »
Par Rudy Gunst


