06/09/2017

Rencontre de CoolingEU

La demande en froid sera le défi du futur

Récemment s’est organisée à Bruxelles la première rencontre de CoolingEU, une nouvelle organisation faîtière qui met le froid à l’agenda européen de la durabilité. La force de CoolingEU, ce sont ses membres, qui sont actifs dans divers secteurs et examinent ainsi la demande en froid sous différents points de vue, allant du réfrigérateur au refroidisseur.

« Les défis auxquels nous sommes tous confrontés sont convergents : économiser l’énergie, réduire les coûts d’exploitation et les émissions de CO2 », explique Brian Holuj du PNUE. « Nous constatons une croissance exponentielle des unités de réfrigération et climatisation à l’échelle du globe. Aujourd’hui, nous comptons 660 millions d’unités et nous nous dirigeons à toute allure vers un nombre estimé d’1,5 milliard d’unités en 2030. En comparaison, c’est à l’échelle mondiale exactement le même nombre d’unités de réfrigération et de climatisation que le nombre de réfrigérateurs utilisés aujourd’hui. »

Réutilisation

Ewout Deurwaarder, de la Direction Générale Énergie (Commission européenne), observe une tendance : « Le chauffage conserve plus d’importance que le refroidissement, mais ils se rapprochent. Alors que les besoins de chauffage diminuent dans les bâtiments, la demande de refroidissement y augmente. En outre, la demande en froid augmente de plus en plus dans les applications commerciales et industrielles, tandis que la demande en chauffage diminue, notamment grâce à une réutilisation intelligente à grande échelle de la chaleur résiduelle disponible. »

Exprimer en chiffres la demande de refroidissement par individu est difficile. L’une des nombreuses indications disponibles auprès des membres de CoolingEU, c’est la consommation annuelle de nourriture surgelée. Si vous en dressez la liste, vous constaterez d’importantes différences entre pays, le climat semblant être un facteur moins important que ce qu’on aurait pu attendre. Quelques données : aux USA : 45 kg, au Japon : 16 kg, au Royaume-Uni : 29 kg, en France : 15 kg, en Allemagne : 12 kg, en Espagne : 9 kg et en Italie : 7 kg. « Pour les uns, la différence remarquable entre les États-Unis et l’Europe est un bon signe, car elle signifie que la demande en froid est moindre chez nous et que nous sommes donc moins énergivores », déclare le professeur Kostadin Fikiin de l’Université technique de Sofia. « D’autres disent que ça ne présage rien de bon, car ça peut indiquer qu’on gaspille plus de nourriture chez nous à cause d’une mauvaise conservation. »

Collaboration

Andrea Voigt, directeur général de l’EPEE (European Partnership for Energy and the Environment), est un visage connu sur la scène européenne, où elle s’emploie à harmoniser entre elles la réalité économique et la réalité écologique. CoolingEU est une plateforme de coopération transsectorielle qui réunit des organisations, l’industrie et des ONG afin de rendre plus durable le marché européen du froid. Une vingtaine de partenaires se sont rassemblés dans CoolingEU autour de quatre objectifs : veiller à une prise de conscience des différents aspects du refroidissement auprès des décideurs, partager des connaissances sur le refroidissement en rassemblant et diffusant des données utiles, stimuler la recherche et l’innovation par des transferts de connaissances et des collaborations et enfin veiller à ce que la législation européenne consacre son attention au refroidissement avec réalisme. »

« Nous sommes une plateforme informelle, sans structure élaborée, où nos membres ne paient pas de cotisation », complète Ingo Wagner, coordinateur de CoolingEU. « Nous nous servirons de notre expertise conjointe du marché du froid pour défendre les intérêts du secteur du froid où et quand cela semblera nécessaire. »

La conservation des aliments et la mondialisation sont régulièrement évoquées lorsqu’on compare d’une part les économies d’énergie et d’autre part l’efficacité énergétique. Ou autrement dit, économiser l’énergie ne peut se faire à l’infini, car à partir d’un moment donné, des risques inacceptables surgissent. Christine Weiker, secrétaire générale de l’ECSLA (European Cold Storage and Logistics Association), désigne le refroidissement comme une condition absolue pour garantir la sécurité de la chaîne alimentaire. Avec son organisation, elle représente quelques milliers de sociétés avec des entrepôts frigorifiques dans l’Union européenne, comptant ensemble plus de 60 millions de m3 de chambres froides. « La mondialisation accroît le besoin de refroidissement dans le transport, la manutention, le stockage, la distribution. À ce niveau, le contrôle des températures est plus strict qu’avant, ce que nous ne pouvons qu’applaudir. » Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, on estime que, dans le monde, un tiers de toute la nourriture destinée à la consommation humaine est perdue. Tout au long du processus de production (des fermes au consommateur en passant par les sociétés de conditionnement, le commerce de gros et les supermarchés), on gaspille 1,3 milliard de tonnes de nourriture. Aux USA, le gaspillage prend des proportions vraiment hallucinantes : plus de 30 % de la nourriture n’y est jamais consommée. Valeur estimée ? 162 milliards de dollars par an.

Recherche

L’ECTP (European Construction Technology Platform) peut compter parmi ses membres les grands acteurs du domaine de la recherche et de l’innovation dans la construction. La durabilité et l’efficacité énergétique sont explicitement présentes dans différents projets de recherche pilotés par l’ECTP. « Nous prévoyons que la consommation d’énergie pour la climatisation des bâtiments prendra la main en 2060 sur celle destinée au chauffage », déclare Anne-Claire Streck, responsable de projet. « Nous devons en tenir compte dès à présent et anticiper avec nos méthodes de construction. La ventilation naturelle, les façades extérieures réfléchissantes, une meilleure isolation qui maintient la chaleur à l’extérieur, des matériaux absorbant la chaleur, sont des interventions susceptibles de limiter la demande en matière de climatisation. Mais il reste pas mal de recherches possibles dans ce domaine. Cela entraînera indubitablement d’importantes économies d’énergie côté refroidissement. Je donne comme exemple notre organisation, qui est impliquée dans 55 projets de recherche dans la construction, mais où seul un projet se penche sur le refroidissement. »

Incontestablement, Klaus Peters d’ESTEP faisait quelque peu figure d’intrus dans le cadre de cet événement CoolingEU. ESTEP, le secteur européen de l’acier, est décrit par Klaus Peters comme étant « le secteur le plus chaud au sein de l’Union européenne », Le secteur est ambitieux et veut tenir le haut du pavé au plan mondial, mais réalise que ce n’est pas possible sans optimaliser les processus de production, y compris sur le plan de la durabilité. Pour ce faire, il se tourne tant vers les autorités publiques que vers l’industrie.

Par Rudy Gunst

www.coolingEU.eu

« Nous sommes tous face aux mêmes défis : économiser l’énergie, réduire les coûts d’exploitation et les émissions de CO2 »

Brian Holuj (PNUE)

« La consommation d’énergie pour la climatisation des bâtiments prendra la main en 2060 sur celle destinée au chauffage. »

Anne-Claire Streck (ECTP)

Rencontre de CoolingEU

La demande en froid sera le défi du futur

Récemment s’est organisée à Bruxelles la première rencontre de CoolingEU, une nouvelle organisation faîtière qui met le froid à l’agenda européen de la durabilité. La force de CoolingEU, ce sont ses membres, qui sont actifs dans divers secteurs et examinent ainsi la demande en froid sous différents points de vue, allant du réfrigérateur au refroidisseur.

« Les défis auxquels nous sommes tous confrontés sont convergents : économiser l’énergie, réduire les coûts d’exploitation et les émissions de CO2 », explique Brian Holuj du PNUE. « Nous constatons une croissance exponentielle des unités de réfrigération et climatisation à l’échelle du globe. Aujourd’hui, nous comptons 660 millions d’unités et nous nous dirigeons à toute allure vers un nombre estimé d’1,5 milliard d’unités en 2030. En comparaison, c’est à l’échelle mondiale exactement le même nombre d’unités de réfrigération et de climatisation que le nombre de réfrigérateurs utilisés aujourd’hui. »

Réutilisation

Ewout Deurwaarder, de la Direction Générale Énergie (Commission européenne), observe une tendance : « Le chauffage conserve plus d’importance que le refroidissement, mais ils se rapprochent. Alors que les besoins de chauffage diminuent dans les bâtiments, la demande de refroidissement y augmente. En outre, la demande en froid augmente de plus en plus dans les applications commerciales et industrielles, tandis que la demande en chauffage diminue, notamment grâce à une réutilisation intelligente à grande échelle de la chaleur résiduelle disponible. »

Exprimer en chiffres la demande de refroidissement par individu est difficile. L’une des nombreuses indications disponibles auprès des membres de CoolingEU, c’est la consommation annuelle de nourriture surgelée. Si vous en dressez la liste, vous constaterez d’importantes différences entre pays, le climat semblant être un facteur moins important que ce qu’on aurait pu attendre. Quelques données : aux USA : 45 kg, au Japon : 16 kg, au Royaume-Uni : 29 kg, en France : 15 kg, en Allemagne : 12 kg, en Espagne : 9 kg et en Italie : 7 kg. « Pour les uns, la différence remarquable entre les États-Unis et l’Europe est un bon signe, car elle signifie que la demande en froid est moindre chez nous et que nous sommes donc moins énergivores », déclare le professeur Kostadin Fikiin de l’Université technique de Sofia. « D’autres disent que ça ne présage rien de bon, car ça peut indiquer qu’on gaspille plus de nourriture chez nous à cause d’une mauvaise conservation. »

Collaboration

Andrea Voigt, directeur général de l’EPEE (European Partnership for Energy and the Environment), est un visage connu sur la scène européenne, où elle s’emploie à harmoniser entre elles la réalité économique et la réalité écologique. CoolingEU est une plateforme de coopération transsectorielle qui réunit des organisations, l’industrie et des ONG afin de rendre plus durable le marché européen du froid. Une vingtaine de partenaires se sont rassemblés dans CoolingEU autour de quatre objectifs : veiller à une prise de conscience des différents aspects du refroidissement auprès des décideurs, partager des connaissances sur le refroidissement en rassemblant et diffusant des données utiles, stimuler la recherche et l’innovation par des transferts de connaissances et des collaborations et enfin veiller à ce que la législation européenne consacre son attention au refroidissement avec réalisme. »

« Nous sommes une plateforme informelle, sans structure élaborée, où nos membres ne paient pas de cotisation », complète Ingo Wagner, coordinateur de CoolingEU. « Nous nous servirons de notre expertise conjointe du marché du froid pour défendre les intérêts du secteur du froid où et quand cela semblera nécessaire. »

La conservation des aliments et la mondialisation sont régulièrement évoquées lorsqu’on compare d’une part les économies d’énergie et d’autre part l’efficacité énergétique. Ou autrement dit, économiser l’énergie ne peut se faire à l’infini, car à partir d’un moment donné, des risques inacceptables surgissent. Christine Weiker, secrétaire générale de l’ECSLA (European Cold Storage and Logistics Association), désigne le refroidissement comme une condition absolue pour garantir la sécurité de la chaîne alimentaire. Avec son organisation, elle représente quelques milliers de sociétés avec des entrepôts frigorifiques dans l’Union européenne, comptant ensemble plus de 60 millions de m3 de chambres froides. « La mondialisation accroît le besoin de refroidissement dans le transport, la manutention, le stockage, la distribution. À ce niveau, le contrôle des températures est plus strict qu’avant, ce que nous ne pouvons qu’applaudir. » Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, on estime que, dans le monde, un tiers de toute la nourriture destinée à la consommation humaine est perdue. Tout au long du processus de production (des fermes au consommateur en passant par les sociétés de conditionnement, le commerce de gros et les supermarchés), on gaspille 1,3 milliard de tonnes de nourriture. Aux USA, le gaspillage prend des proportions vraiment hallucinantes : plus de 30 % de la nourriture n’y est jamais consommée. Valeur estimée ? 162 milliards de dollars par an.

Recherche

L’ECTP (European Construction Technology Platform) peut compter parmi ses membres les grands acteurs du domaine de la recherche et de l’innovation dans la construction. La durabilité et l’efficacité énergétique sont explicitement présentes dans différents projets de recherche pilotés par l’ECTP. « Nous prévoyons que la consommation d’énergie pour la climatisation des bâtiments prendra la main en 2060 sur celle destinée au chauffage », déclare Anne-Claire Streck, responsable de projet. « Nous devons en tenir compte dès à présent et anticiper avec nos méthodes de construction. La ventilation naturelle, les façades extérieures réfléchissantes, une meilleure isolation qui maintient la chaleur à l’extérieur, des matériaux absorbant la chaleur, sont des interventions susceptibles de limiter la demande en matière de climatisation. Mais il reste pas mal de recherches possibles dans ce domaine. Cela entraînera indubitablement d’importantes économies d’énergie côté refroidissement. Je donne comme exemple notre organisation, qui est impliquée dans 55 projets de recherche dans la construction, mais où seul un projet se penche sur le refroidissement. »

Incontestablement, Klaus Peters d’ESTEP faisait quelque peu figure d’intrus dans le cadre de cet événement CoolingEU. ESTEP, le secteur européen de l’acier, est décrit par Klaus Peters comme étant « le secteur le plus chaud au sein de l’Union européenne », Le secteur est ambitieux et veut tenir le haut du pavé au plan mondial, mais réalise que ce n’est pas possible sans optimaliser les processus de production, y compris sur le plan de la durabilité. Pour ce faire, il se tourne tant vers les autorités publiques que vers l’industrie.

Par Rudy Gunst

www.coolingEU.eu

« Nous sommes tous face aux mêmes défis : économiser l’énergie, réduire les coûts d’exploitation et les émissions de CO2 »

Brian Holuj (PNUE)

« La consommation d’énergie pour la climatisation des bâtiments prendra la main en 2060 sur celle destinée au chauffage. »

Anne-Claire Streck (ECTP)