Applications des fluides frigorigènes naturels dans l’industrie
Rassembler les partenaires
Comme le nom l’indique, l’objectif de la conférence est de rassembler les partenaires issus de tous les secteurs de la technologie du froid autour du froid industriel. Outre BITZER, treize entreprises étaient représentées et ont détaillé les aspects spécifiques ainsi que leurs solutions, allant de la bonne gestion de l’huile à la cybersécurité. Pendant les pauses, les échanges étaient nombreux sur les stands des fournisseurs. Tous s’accordaient sur un point : les fluides frigorigènes naturels représentent l’avenir. Cela s’explique notamment par le fait qu’ils constituent le fondement même de la technologie du froid. Le froid industriel a vu le jour au dix-neuvième siècle avec les réfrigérants naturels, et dans certaines applications, ils n’ont jamais vraiment disparu. L’ammoniac est par exemple un grand classique dans l’industrie. La transition actuelle n’est donc pas une incursion en territoire inconnu, mais plutôt un retour aux sources.
Le point de vue outre-Atlantique
L’allocution principale a été prononcée par Yesenia Rector, vice-présidente de l’IIAR, l’International Institute for All-Natural Refrigeration. Fondée aux États-Unis en 1972, l’organisation chapeaute le secteur des réfrigérants naturels. Bien que le siège soit aux États-Unis, l’Institut est de plus en plus présent en Amérique centrale et du Sud, où l’importance de ces fluides ne cesse de croître. Il ne s’agit pas d’une association sectorielle au sens européen du terme car l’IIAR se consacre principalement à l’élaboration de normes et de standards pour l’application des réfrigérants naturels. Les documents sont ensuite validés par l’ANSI, l’organisme américain de normalisation. Dans le système américain, la normalisation relève davantage de la responsabilité des secteurs professionnels. Yesenia Rector a présenté un aperçu détaillé de la situation outre-Atlantique.
La situation aux États-Unis présente de grandes similitudes avec celle de l’Europe. Selon l’application, divers fluides sont utilisés. Dans l’industrie, l’ammoniac n’a jamais vraiment disparu et connaît un regain d’intérêt. Cette tendance est favorisée par l’émergence de systèmes à faible charge de réfrigérant. Le secteur de la distribution adopte quant à lui massivement le CO2. Enfin, dans le bâtiment, où le conditionnement d’air occupe une place plus importante qu’en Europe, les hydrocarbures sont privilégiés.
L’intérêt marqué pour les réfrigérants naturels peut surprendre étant donné que l’administration Trump n’accorde pas vraiment la priorité à la protection du climat. L’explication est pourtant simple: le marché américain suit une logique économique. Il est indéniable que les installations fonctionnant avec des réfrigérants naturels sont plus avantageuses que celles utilisant des fluides synthétiques. Ainsi, la majorité des installations au CO2 se trouvent dans le sud-est des États-Unis, pourtant un bastion des partisans de Trump. Les considérations financières l’emportent sur les convictions politiques.
La technologie ne cesse d’évoluer
Le climat général de la conférence était particulièrement optimiste. Avec l’avènement des fluides frigorigènes synthétiques, les alternatives naturelles avaient quelque peu été reléguées au second plan. Aujourd’hui, alors que la décarbonation de nombreux processus et secteurs devient une priorité, elles reviennent sur le devant de la scène. On voit apparaître des pompes à chaleur industrielles offrant des températures plus élevées et une plage de fonctionnement élargie. Pour réduire les coûts d’installation, de plus en plus de systèmes standardisés arrivent sur le marché. De plus, les réseaux de chauffage urbain se tournent vers des pompes à chaleur à grande échelle, et des installations allant de quelques MW à plusieurs dizaines de MW.
Nouveaux défis
Les nouvelles technologies s’accompagnent de nouveaux défis. Il ne s’agit pas ici de dangers inhérents aux fluides frigorigènes naturels, que nous maîtrisons désormais correctement. La menace vient d’un autre angle : la connectivité et le contrôle intelligent font partie intégrante des installations modernes, et cela comporte un risque en matière de cybersécurité. Parmi les processus industriels, le refroidissement est l’une des technologies les plus critiques. En ciblant ces installations, des individus ou groupes mal intentionnés peuvent gravement perturber l’approvisionnement en produits alimentaires et médicaments. L’UE en est consciente et a établi des réglementations strictes, notamment la directive NIS2, qui a également un impact sur les installations de refroidissement et de HVAC.
Dans une entreprise industrielle classique, la technologie du froid et l’IT fonctionnaient jusqu’à présent en parallèle : le refroidissement garantissait la stabilité thermodynamique des processus, tandis que l’IT se concentrait sur la gestion administrative. Avec l’avènement des systèmes connectés, ces deux spécialités doivent collaborer étroitement. Un système de gestion de l’énergie peut optimiser les processus, mais il a aussi des implications directes sur la politique de cybersécurité de l’entreprise. Une approche intégrée s’impose.
Il y aura donc largement matière à discussion lors de la prochaine conférence IRN.
Par Alex Baumans - photos: Bitzer